Un petit bout de moi en mots

"On ne pense que par image. Si tu veux être philosophe, écris des romans." Albert Camus

 

Semaine Internationale du livre 2013

« Cela vous arrangerait-il d’obtenir une petite avance ? »

C’est la semaine internationale du livre. La règle : saisir le livre se trouvant le plus proche de vous, ouvrez à la page 52 et retranscrivez la 5ème phrase en guise de statut. Ne mentionnez pas le titre. Copiez la règle à la suite de votre statut et copier la 5ème phrase en commentaire à la suite de ce statut.
Jouez le jeu, même sur un blog en article, c’est amusant ;)
Dans : Non classé
Par unpetitboutdemoienmots
Le 3 janvier 2014
A 23 h 19 min
Commentaires : 0
 
 

Les amoureux des livres

 

Oeuvres romanesques, Sartre, Collection Pléiade. Sur ma terrasse :)
Œuvres romanesques, Sartre, Collection Pléiade. Sur ma terrasse :)
 
31 mai 2013, 23h10 :
 
Je fais partie de ces gens que l’on appelle de ce petit nom que j’affectionne « des amoureux des livres ». Loin de n’être qu’un terme désignant des personnes ayant un goût prononcés pour la lecture, les amoureux des livres sont, il me semble, plus que des lecteurs avertis, ce sont réellement des amoureux. Les amoureux des livres n’aiment pas seulement le contenu que leurs chers et tendres vont contenir mais aussi tout ce qui fait que le contenu à la possibilité d’être contenu.
Avant même d’ouvrir un livre, un amoureux des livres va s’en emparer pour le sentir, humer l’odeur de l’encre et du papier qui tantôt vous pique le nez ou vous détend. Cette odeur si particulière qui fait du livre entre nos doigts ce nouvel ami que nous allons apprivoiser. Puis il faut alors toucher les pages, la couverture, sentir sous les doigts la texture du papier, le relief léger du titre, tourner et retourner pendant de longues minutes ce livre, objet sacré entre nos mains, que l’on ouvre et que l’on referme comme s’il contenait ce secret que nous cherchons sans très bien savoir quelle est réellement sa nature. Noble et silencieux, il intimide et attire. Il n’y a pas de mots pour décrire les sentiments et l’attitude que la simple présence d’un livre, neuf ou ancien, peut nous faire éprouver. Digne d’une relique, si il a été désiré, il devient notre Graal perdu, ou plutôt, celui que l’on a trouvé.
Cet objet apparemment sans vie se retrouve, entre les mains de l’amoureux des livres, comme un être doté du pouvoir d’exister au même titre que n’importe quel inconnu que nous pourrions croiser dans la rue. Pourtant il a plus d’allure, plus de classe que la plupart de ces gens que l’on croise chaque jour sans vraiment les voir. C’est qu’on aime ces livres. On les aime comme des parties de nous bien qu’en réalité il ne soit plus véritable que des parties de d’autres, eux, les auteurs, ceux qui nous délivrent par le biais de nos amants que sont les livres, un petit morceau de ce qu’ils sont. Mais lorsque l’on est un amoureux des livres, ce n’est pas encore l’auteur que l’on aime, c’est véritablement l’objet-livre, son existence matérielle entre nos mains. Qu’importe au fond qu’il ne soit pas doté d’animation, sa simple présence dans nos bibliothèques rend parfois à la vie, grâce à ces regards amoureux qu’on leur lance parfois, ce bonheur que l’on ne trouve nulle part ailleurs.
Alors on les bichonne, on les dépoussière, on les range, on les classe et c’est parfois une terrible déchirure de voir à quelle vitesse ils ont vieilli. Seulement c’est là aussi que l’on reconnaît le livre d’un amoureux des livres. Les pages cornées d’avoir été trop souvent tournées, la couverture pâle et le blanc jauni des pages, c’est comme ces vieilles photos sépia que l’on retrouve dans les albums photos de nos grands parents. On y retrouve avec un faible sourire les souvenirs qui les concerne, les lieux où ils nous ont accompagné, les gens qu’ils ont rencontré, les mains qui les ont touché…
Mais au delà de tout ceci, les amoureux des livres vouent un respect total et entier à ces objets du quotidien qui sont à leur yeux autant de trésor sacré. Cela me rappelle ce professeur de français que j’avais lorsque j’étais en première. Je n’ai compris que plus tard, en agissant de la même manière que lui avec les livres, qu’il était un amoureux des livres. Quoi de plus normal, me direz-vous, pour un professeur de français. Seulement, c’était au delà de ce que je pensais.
Beaucoup d’amoureux des livres aiment, en bon lecteur qu’ils sont, cornés les pages pour la marqué lorsqu’ils interrompent leur lecture. Quoi de plus basique que cela ? Rien, sans aucun doute. Ces pages pliés accentues la vieillesse du livre et les souvenirs qui s’y rapportent, le rendant sans doute à nos yeux, plus honorable encore que lorsqu’il était neuf. J’étais de ces amoureux là, habituée à plier les pages pour quelques raisons que ce soit. Mais un jour de cours, tandis que nous étudions la peste de Camus, une grande partie de la classe n’assistant pas au cours à la suite de grève, je me retrouvais à étudier un des textes du livre, pliant parfois les pages sous le regard du professeur. Je me souviens qu’il était venu à ma table et m’avait dit, comme s’agissant d’un sacrilège : « Non, ne pliez pas les pages ! » et était ensuite retourné à son bureau. Il avait cherché quelques minutes dans sa mallette marron une vieille photocopie froissée dont il avait ensuite coupé quelques bandes. Revenant vers moi, il me les avait donné, pour que je cesse le carnage que je faisais avec les pages de ce pauvre Camus. Que j’écrive au crayon à papier dans le livre ne le dérangeait pas, lui-même le faisait dans le sien, mais à la vue de mes pliages sauvages, il avait comme été pris de pitié pour mon pauvre livre que je traumatisais à vie. Plier des pages était pour lui un moyen infaillible d’abimer le livre. Il avait raison sans aucun doute. Depuis ce jour, je ne plie plus une seule page de mes livres, je découpe bandes de papiers, utilise des post-it ou autres morceaux de papiers me permettant d’éviter mes anciens carnages. Mes livres gardent ainsi une part de leur jeunesse d’antan et quand malgré tout mes efforts je n’ai pas de papiers sous la main, c’est avec désespoir que je corne un minuscule coin de mon livre, en espérant que cela ne le marquera pas à vie. Je mets ainsi chaque fois un point d’honneur à ne plus leur faire subir ce martyr et pense parfois à ce professeur, songeant qu’il serait sans doute heureux de voir ma conversion à sa façon de marquer les pages.
Je parle de ce professeur parce que c’est le premier que j’ai découvert avec un tel respect et une telle passion pour ses livres. Un véritable professeur de français, je dirai même, de littérature, qui au delà du simple fait d’aimer ses lectures, aimait tout autant ses livres.
Et c’est en cela, que l’on reconnaît de véritables amoureux des livres qu’ils cornent les pages ou non. Ce ne sont pas de simples lecteurs, amoureux d’un contenu, ce sont des amoureux de la forme qui permet de contenir. Et bien qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture, les amoureux des livres le font, d’une certaine manière, bien qu’à leur yeux n’importe quel livre devient cet être que l’on aime pour ce qu’il est.
 
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Par unpetitboutdemoienmots
Le
A 23 h 16 min
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