Un petit bout de moi en mots

"On ne pense que par image. Si tu veux être philosophe, écris des romans." Albert Camus

 

« On fait le lit dans lequel on se couche »

13 septembre 2013, 22h07 :
Je dois être utopiste. La réponse à tout cela, c’est sans doute celle là « je dois être utopiste ». Il semblerait que la plupart des personnes choisissant la philosophie et poursuivant dans ce domaine jusqu’au master en sortent désenchantées, désabusées pour ne pas dire carrément déçues. Mais qu’attendaient-ils au juste de la philosophie ? Peut-on réellement en attendre quelque chose ? La question que je me pose alors est : qu’est ce qui a pu les motivés à entreprendre des études en philosophie si au terme de leur cinq années d’études leur premiers mots pour ce qui est, d’après eux, un épanouissement personnel sont que ça ne sert à rien, qu’ils en sont de nouveaux au commencement en ayant passer cinq ans à courir après… Dieu sait quoi. Ils viennent ensuite sur les groupes de discussion où s’inscrivent les jeunes « recrues » de la philosophie qui peut-être n’ont pas plus l’intention qu’eux de devenir professeur ou même philosophe mais qui envisagent malgré tout d’avancer et de faire quelque chose de ces années d’enseignements qu’ils vont recevoir et ces gens là viennent, en quelque sorte, rabrouer leurs élans passionnés, tiédir leur ambition voir même carrément faire désespérer de sortir de là dedans avec un bagage sous le bras. On peut alors s’interroger sur la réellement ambition de ces gens-là qui après avoir épuisé leur stock de volonté décident subitement d’arrêter de se battre ou encore qu’elle est la véritable raison qui les a poussé à entamer des études de philosophie pour finalement dire qu’à part leur épanouissement personnel, il ne leur reste plus qu’à s’inscrire au chômage et se réconforter en lisant les grands philosophes le soir après avoir fait son petit travail minable, si tant est que l’on en est un. J’ai de nouveau l’impression de me retrouver face à ces gens que durant trois ans m’ont dit : « Un bac L ? Mais que vas-tu faire avec ça ? », « Une licence de philosophie ? Mais qu’est ce que tu vas faire après ça ? Ah… prof. Oui. ». Mais grand dieu ! Qu’est ce que la philosophie a tant que ça qui la fait nous fermer les portes du monde du travail ?! En quoi étudier l’anglais ou l’histoire va-t-il plus nous avantager que d’apprendre la philosophie ? Et puis, si au fond ça les fait chier à la fin parce que le job ne leur tombe pas tout cru sur le coin de la gueule, pourquoi ont-il choisi cela ? Par goût ? Pour pouvoir dire d’un air hautain lors d’un dîner « Moi j’ai fais de la philosophie ! » alors qu’ils n’en vivront pas ? Il n’est pas nécessaire d’être passé par la Sorbonne ou l’ENS ou même les deux pour faire quelque chose de sa vie avec la philosophie ! Le problème vient peut-être alors du fait qu’ils ne savent PAS réellement ce qu’ils veulent faire, qu’ils n’ont jamais cherché à le savoir et que peut-être ils ne le sauront jamais. Je ne prétends pas mieux qu’eux savoir ce que je ferais à la sortie de mon master, mais je sais tout ce qu’il est possible de faire ensuite. Ou du moins, je sais pas mal de chose qui me sont possibles. Les choix sont multiples, les débouchés largement plus nombreuses que ce que prétendent les conseillères d’orientation du lycée qui nous regardent d’un air attendri en disant : « Oh oui, tu peux bien faire ça, c’est ton avenir et c’est à toi de décider… mais tu sais il y a … ». Pourquoi avoir étudié la philosophie si en arrivant au bout vous vous dites « Qu’est ce que je fais là ? Qu’est ce que je vais faire ? Comment ? ». N’y avez-vous pas réfléchi un peu avant ? Même si c’était flou, vague, déformé et incertain, pourquoi ne pas avoir commencé à construire ? Un professeur de philosophie m’a justement dit un jour que choisir d’étudier la philosophie ce n’était pas seulement apprendre à philosopher mais que c’était aussi un combat quotidien, un bataille à mener chaque jour avec plus de force et d’énergie que la veille parce que ce n’est pas facile de la faire admettre comme étant capable de nous faire devenir quelqu’un. Il disait qu’il fallait la force et le courage d’assumer son choix et la sensation que me donnent ces gens, à pleurer sur leur sort, me semble être à s’y méprendre un moment de faiblesse où ils ont baissé les bras sans envisager de les lever de nouveau. On n’est pas obligé d’être professeur ou chercheur ou maître conférencier en philosophie parce qu’on a fait de la philosophie. La philosophie ce n’est pas qu’un domaine d’enseignement dans lequel on apprend plus ou moins chronologiquement qui a pensé ou écrit quoi à quel moment et dans quel contexte. La philosophie ne serait plus alors qu’histoire de la philosophie voir tout au plus littérature philosophique. Non ! La philosophie ce n’est pas seulement apprendre à philosopher, c’est vivre la philosophie, c’est sentir, penser, croire, espérer, rêver la philosophie, chaque jour de manière différente. Choisir la philosophie, c’est choisir de s’ouvrir au monde, aux autres, c’est vouloir enfin voir les choses autrement, pas comme elles semblent être, pas comme on nous dit qu’elles sont, c’est voir les choses avec un regard nouveau, un regard d’enfant, naïf, qui (re)découvre la vie à chaque réveil. Comment se lasser d’une telle magie ? Comment restreindre notre enseignement de la philosophie à de la doctrine pure et simple qui nous conduiraient alors inévitablement à demander des aides financières et le chômage ? Comment considérer la philosophie comme des années de temps perdu à l’exercice de quelque chose dont finalement on doute ensuite parce que cela ne mènera plus nulle part si ce n’est à notre perte ? La société nous conditionne, veut nous faire croire qu’on n’a pas besoin de philosophie ni même de philosophes, qu’à part des boulets pour la société tout cela ne sert à rien si ce n’est à créer encore plus de misère alors qu’il y en a déjà tant. Pourquoi serait-ce vrai ? Pourquoi donnerions-nous raison à cette société, à cette époque qui est la notre ? Pourquoi baisserions nous les bras au premier obstacle ? Pourquoi devrions-nous cesser d’agir en « utopiste » alors que ce statut est tout à fait conciliable avec la réalité ? Un peu de juste mesure, une dose de raison, n’est ce pas de cela dont nous avons besoin pour réussir ? Savoir quelles sont les éventuels limites à nos rêves et si ils en comportent de trop nombreuses comment les contourner, les dépasser ? Devenir finalement plus libre que le commun des mortels en choisissant notre vie telle que nous la souhaitons et en mettant tout en œuvre selon les règles pour y parvenir. Même si actuellement il m’arrive encore de douter de mes capacités, de mon avenir, de mes possibilités et de ce que la société m’autorisera ou non à faire plus tard, je ne veux pas croire que choisir la philosophie c’est s’écarter de la réalité. Au contraire, je crois qu’on s’en approche plus que personne d’autre, qu’on voit les choses avec plus de clarté et parfois aussi avec la plus douloureuse des vérités possibles à contempler. Non ce n’est pas facile de choisir la philosophie et de s’y tenir, ce n’est pas facile de trouver quelque chose à faire avec elle, à l’état pur s’entend mais en aucun cas elle ne nous prive de notre liberté de choisir parmi toutes les possibilités qui s’offrent à nous de faire ce qu’il nous plaît. Je suis intimement convaincue que le pire frein à notre accomplissement personnel, c’est nous-même. La société est devenue une excuse, une responsable de notre malheur et de notre condition. Pourtant il existe un vieux proverbe qui dit : « On fait le lit dans lequel on se couche ». Alors ?
Moi en mots

Dans : Mes textes
Par unpetitboutdemoienmots
Le 3 janvier 2014
A 23 h 21 min
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